Benoit

Benoit est parti.

 

J’ai le cœur en miette comme à chaque fois qu’un ami s’en va pour longtemps.

Mon chagrin est aussi grand que ma colère, sans doute aussi grande que celle qui habitait le cœur de Benoit.

Quand la mort frappe inopinément, elle ne laisse qu’une vague envie de vengeance, une envie de croire qu’il aurait été juste d’au moins mourir serein.

Je garde le souvenir de ses coups de gueule : ses colères étaient nombreuses et brutales pour ceux qui en faisaient les frais.

Le ton rarement juste mais la pensée précise pourtant lorsqu’il s’agissait d’évoquer les enjeux de son travail : son mépris de la bienséance verbale n’avait d’équivalent que le respect profond qu’il pouvait témoigner aux personnes dont les fragilités lui montaient à la gorge en lui laissant un arrière-goût d’amertume.

Travailleur au dispositif d’accueil socio-sanitaire du CPAS de Charleroi, il en avait assumé la coordination, jusqu’à ce que, de guerre lasse, il décide de jeter  l’éponge sur une fonction mal ajustée à ses démesures.

Comment ne pas penser à Benoit sans se souvenir des questions qui n’ont cessé de le tarauder dans l’exercice de son métier, pour lequel il avait cet amour « vache » qui le poussait à vouloir s’en détacher et voler vers d’autres horizons,  et pourtant s’y accrocher. Farouchement.

N’est-ce pas cette difficile équation que nombre d’entre nous tentent de résoudre aujourd’hui : dans un climat social et politique pour le moins sujet à controverses, garder en soi la puissance du désir de se battre encore, croire à la noblesse de nos combats et exercer notre métier envers et contre tout.

En tension entre compassion et compression, pour de nombreux travailleurs sociaux, l’exercice du métier nécessite un grand écart douloureux entre idéaux et injonctions institutionnelles.

C’est pourquoi il importe de garder, au sein de nos dispositifs respectifs, la possibilité d’une pensée critique et singulière et de continuer à offrir les espaces de débats et de questionnements professionnels permettant à chacun d’être fier de soi dans la pratique de son métier et dans sa vie d’Homme, riche de ses singularités et fort de ses audaces.

Il ne s’agit pas tant d’honorer la désobéissance que de faire honneur à l’humanité qui résiste en chacun d’entre nous, et ne trouve pas toujours ses bons mots pour le dire.

Au même titre que je ne trouve pas encore les mots justes pour dire le manque d’une absence si brutale et d’un silence si long….

 

G.L

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 19/02/2018

logo-relais-social-meilleure-qualite.jpgAssociation Chapitre XII régie par la loi organique des CPAS du 8 juillet 1976.
Avec le soutien financier de la Région Wallonne.
Un réseau composé d'opérateurs publics et privés actifs dans l'aide aux populations en situation de précarité sociale aiguë
Boulevard Jacques Bertrand, 10 - 6000 Charleroi; Tel : 071/506 731;Fax : 071/506 936; relais.social.charleroi@skynet.be